Exposition Interior.ity

L’exposition explore les manifestations de l’angoisse au sein des espaces intérieurs. Cette émotion oppressante, souvent diffuse, peut soudainement s’immiscer aussi bien dans la sphère domestique que dans le cadre professionnel. Elle surgit lorsque les tensions du monde extérieur franchissent nos seuils, troublant le sentiment de sécurité que l’on associe habituellement à notre foyer. L’éco-anxiété, en particulier, se déploie avec une intensité parfois déstabilisante, comme si des éléments organiques à l’étrangeté inconnue venaient à se faufiler dans nos chambres à coucher et occupaient nos nuits blanches.

Nous associons spontanément l’espace domestique à un lieu de calme, protégé des menaces extérieures. Quant à l’espace de travail, il est généralement perçu comme un environnement structuré, rationnel et orienté vers la productivité. Dans cette exposition, les artistes Sarah Watson et Nadia Merzoug renversent ces hypothèses simples :dans leurs réalisations, l’intérieur devient un lieu d’anxiété, rendu étrange.

Pour Sarah Watson, l’éco-anxiété prend sa place dans la routine domestique, alors que des objets curieux et fantasmagoriques s’insinuent dans le décor. Elle décrit ses sculptures comme des « échantillons » abstraits de paysage qui s’installent dans la maison, se faisant passer pour des objets décoratifs qui semblent vivants. En conversation avec des objets de décoration d’intérieur du XXe siècle, ces sculptures en céramique apparaissent à première vue comme des formes d’organique plutôt simples. Cependant, leur processus de fabrication relève d’une grande complexité, elles sont soigneusement étudiées et conçues afin d’obtenir leurs surfaces lisses. Comme sorties de ses tableaux, qui sont des fenêtres sur un paysage abstrait en mouvement, ses sculptures prolongent cette ouverture vers l’extérieur tout en restant ancrées dans une réflexion sur l’intérieur.

Dans les estampes de Nadia Merzoug, l’ordre social se brise et se révèle dysfonctionnel et dominant. On se heurte à l’absurdité du monde professionnel, à l’espace intérieur dit moderne, au bureau, au smart office, à la répétitivité et la totale dépersonnalisation du poste de travail actuel, dans un univers compétitif. La superposition de l’agencement des bureaux révèle une réaction nerveuse, presque paniquée, aux pressions sociales et à la misogynie qui dominent ces environnements. L’ordre d’un point-perspective, lorsqu’il est répété, se transforme en un chaos de formes.

Dans le prolongement de leurs univers respectifs, Sarah Watson et Nadia Merzoug réalisent pour cette exposition une installation immersive en collaboration avec l’ébéniste David Marmilloud (Manivelle Ebénisterie). Ensemble, ils conçoivent un espace qui matérialise les tensions psychiques et physiques des environnements de travail contemporains.

Prenant la forme de deux bureaux en open space, cette installation évoque des postes de travail étroits, dénués de confort et de personnalisation. Le visiteur y est invité à circuler dans un espace volontairement contraint, où le manque d’intimité et la pression spatiale rappellent l’univers impersonnel des bureaux modernes.
FONDATION WRP
© Copyright 2024 Fondation WRP - All Rights Reserved